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LA DEMI LUNE

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De la crainte ...
à l'espoir !

Le mot du Président

Chers Amis,

 

Notre action se poursuit à Madagascar auprès des jeunes filles du Foyer KOLOÏNA, mais nous aussi, comme toute la population malgache, nous devons sans cesse nous adapter aux difficultés quotidiennes… à la flambée des prix, aux tracasseries administratives, à la détresse des familles qui altère le comportement des fillettes du foyer… Dans cette société meurtrie par la pauvreté et les inégalités, poussée par les injonctions matérialistes du développement mondial, « ce n’est plus l’âme qui fait l’homme », disent les malgaches, mais « c’est l’argent qui fait l’homme ».

 

Inexorablement, sous la pression de l’appauvrissement, la perte des valeurs de solidarité progresse, et plus encore en milieu urbain. Les voies de l’assistanat international et de l’individualisme nouveau dans cette société qui pratique depuis toujours le Fihavanana (1) n’ont pas fait progresser le pays dans la mesure de ses immenses besoins.

 

Chez les plus anciens, même très occidentalisés, la connaissance, sinon la nostalgie de ces valeurs ancestrales, accompagne chaque instant de la vie. Mais se lève à présent dans les jeunes générations soucieuses de savoir d’où elles viennent pour savoir où aller, un appétit de culture, un désir de retrouvailles avec les traditions nationales dans ce qu’elles ont de meilleur.

 

Sous peine de connaître un véritable chaos, un modèle social malgache est appelé à (re)naître et ce ne peut être que par l’éducation et la culture. Madagascar attend de ses élites un élan nouveau vers cette reconstruction où les femmes bien souvent silencieuses (« Les poules ne chantent pas à la place du coq » dit le proverbe), ignorées, et la plupart du temps maltraitées, ont pourtant un rôle majeur à tenir dans la société.

 

Pour nous Vazaha(2), l’épreuve des distances culturelles est toujours difficile quand on prend conscience qu’on demeurera toujours un étranger, mais cette conscience doit impérativement nous pousser à entendre, comprendre et impliquer les malgaches avec qui nous œuvrons, et à ne jamais prendre leur place, particulièrement au niveau de l’éducation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons instauré le tutorat, relais précieux et incontournable, car seuls des « anciens » (malgaches) peuvent transmettre  leurs valeurs et servir d’archétypes aux plus jeunes. Ce que nous apportons de nouveautés, de modernisme et d’ouverture, doit passer par le partage avec les anciens afin d’être compris, adapté, accepté et bien utilisé par les plus jeunes.

 

Bien sûr tout cela demandera du temps, de la persévérance et certainement plusieurs générations… mais ce n’est pas parce que le bonheur est difficile à atteindre qu’il ne faut pas tenter de nous en approcher. Alors, faisons confiance à ces jeunes filles en leur permettant de s’ouvrir à un monde plus vaste, parce que de nos jours cette évolution ne peut être occultée, mais sans jamais les couper de leurs racines ; faisons leur confiance pour que, le jour où elles quitteront le foyer, elles soient suffisamment armées et responsables pour s’engager dans la société, se faire entendre et y prendre leur place, pour devenir actrices et maitresses de leur destinée afin de tirer dans leur sillage d’autres jeunes en errance.

 

Il ne s’agit pas seulement pour nous de nourrir 25 enfants durant 5, 10 ou 15 ans !

Il s’agit d’ouvrir le cœur et le regard de ces jeunes filles, à travers leur propre culture, sur un monde qui leur appartient et dont elles doivent écrire l’histoire avec leurs pairs.

Notre rôle est de les accompagner pour leur en donner les moyens.

Des jeunes femmes libres, entreprenantes, responsables, engagées, volontaires… !

C’est ainsi que nous souhaitons voir grandir les jeunes filles du Foyer Koloina.

 

Merci à chacun de vous pour le soutien que vous nous avez apporté tout au long de cette année, et pour la part de plus en plus active que vous prenez dans la vie de l’association.

 

                                                                                                       Marie-Noëlle BORREY       

                                                                                                               Présidente

(1)    Fihavanana :

        Forme de lien social  extrêmement valorisé dans la culture ancestrale malgache, s’apparentant à l'entraide et à la solidarité.

(2)    Vazaha : l’étranger